L’ascension du Toubkal : de quoi en faire une montagne !

Les 9 et 10 août derniers, nous nous sommes lancés dans l’ascension du mont Toubkal, plus haut sommet d’Afrique du Nord (et du Maroc), point culminant du Haut Atlas avec 4167 mètres d’altitude.
En voici notre récit …

Version objective : « Le Toubkal, ça monte, ça descend »

Chaque année le Jebel Toubkal (le sommet) attire les touristes car réputé comme étant une randonnée accessible, ne représentant (je cite) « pas de grandes difficultés techniques et que l’assistance des muletiers et de leurs mulets réduisent les efforts physiques ».

L’ascension se fait sur 2-3 jours. Le point de départ étant généralement le village d’Imlil (souvenez-vous, nous y avions fait un saut l’hivers dernier), il faut entre 4 et 6h de marche pour atteindre le refuge situé à 3200 mètres d’altitude, pour y passer la nuit. Il est important d’y faire un break car d’une part c’est plus raisonnable pour vos jambes, d’autre part, avec l’altitude on perd en oxygène, et même si à 4000 mètres le risque de mal aigu des montagnes est minime, mieux vaut laisser à son corps le temps de s’acclimater.
Le lendemain au petit matin (conseillé si vous voulez partir à la fraiche et voir le soleil se lever tout là-haut), départ pour 3h de marche avant d’atteindre le Jebel. Il en faudra autant pour redescendre. Ensuite, soit vous rester une nuit de plus au refuge, soit vous enchainez avec la descente jusqu’à Imlil pour laquelle il faut compter (en principe) 4-5h.
Petit tips pour s’économiser 45 minutes/1h de marche (si vous disposez de votre propre voiture), pousser la route jusqu’au village d’Aremd où vous pourrez vous garer (moyen finance : 20dhs la nuit). Ça peut paraitre anodin le premier jour (voir être considéré comme de la triche !), mais ravalez votre fierté car au retour votre corps vous dira « MERCI ! »

Même sans guide, pas besoin d’être expert en randonnée pour cette ascension car le sentier est plutôt bien balisé. La meilleure saison pour s’attaquer au Toubkal en tant que non-initié est sans doute l’été (de juin à octobre), cela permet d’éviter la neige, le froid et ses dangers.

Question budget, le Toubkal reste également accessible : compter à peine 25€ par personne pour une nuit en pension complète au refuge du Club Alpin Français (il faudra une petite rallonge si vous voulez y prendre une douche, se ravitailler en eau ou en papier toilette…). Mais c’est à peu près tout ce que vous aurez à débourser en plus du transport en provenance de Marrakech qui peut se faire facilement en taxi pour une toute petite somme. Faire appel à un guide ou un muletier n’est pas obligatoire ni nécessaire, ça serait même presque du luxe 😉

Entre Imlil et le sommet, c’est une randonnée de 35km qui vous attend, un dénivelé de 5000 mètres, avec à la clef des paysages magnifiques.

Le Toubkal, on l’a fait !

Voilà, vous en savez plus sur le Toubkal et son ascension. Tenterez-vous l’aventure ?

Hésitant ? Nous vous invitons à lire la suite avec précaution et un certain recul, car c’est maintenant une toute autre version que nous allons vous livrer : la nôtre. Pas celle dont vous avez entendu parlé par des amis d’amis « qui l’ont fait et c’était une superbe expérience », ni celle d’un blog de randonneurs aguerris, ni même celle de Wikipédia. Notre version à nous est beaucoup moins glamour, au risque de vous décourager (ou tout simplement de nous faire passer pour des zéros). 

Anyway, voici le récit de notre (més)aventure Toubkalienne !

Version subjective : « Toubkal sa mère ! »

Par où commencer … ?
Pourquoi vouloir monter tout là-haut ?
Nous étions venus à Imlil pendant l’hiver et les paysages étaient vraiment magnifiques, nous nous étions alors fait la remarque que l’été, cela devait aussi valoir le coup. Le Toubkal, plusieurs amis nous en ont parlé et décrit comme quelque chose d’exceptionnel et à la fois accessible sans être un grand sportif, comme une belle occasion de se surpasser. L’envie était née, nous aussi nous allions monter le Toubkal. Après tout, si on ne s’était pas lancé, on l’aurait regretté.
Après un petit tour chez Décat’, nous sommes équipés, motivés, tout frais pimpants pour la montagne. Nous passerons une première nuit à Imlil avant d’entamer la randonnée vers le refuge du CAF.

Nous sommes arrivés le lundi soir à Imlil, Chez les Berbères où nous avions booké une nuit. Sur place pas grand-chose à faire si ce n’est apprécier le calme et la vue sur les montagnes. La soirée est orageuse, nous nous coucherons tôt pour être d’attaque pour le lendemain.

Mardi matin nous reprenons la voiture pour nous rendre au village situé juste après Imlil, sur la route du Toubkal, comme nous l’a conseillé notre « hôte », afin de s’économiser quasiment 1h de marche : 9h du matin, nos bâtons de marche en mains, nous voilà partis. Le soleil cogne, c’est l’été, il faut chaud, ça monte… Mais jusqu’ici rien d’insurmontable. On s’arrête très fréquemment pour s’hydrater et se reposer. On prend le temps d’admirer les paysages, car oui, la montagne, même en été, c’est magnifique ! Et qu’est-ce que c’est calme… De temps à autre on se fait rattraper par une mule et son muletier, bien plus rapides que nous. C’est d’ailleurs là que l’on constate que l’expression « chargé comme une mule » prend tout son sens !

On avance, on avance, avec l’impression de ne jamais voir arriver le refuge qui est notre objectif de la journée. Quand enfin il pointe le bout de son nez, tel un mirage, nous avons l’impression qu’il recule à mesure que nous avançons…
Après 6h30 de marche (entrecoupées de nombreuses pauses bien nécessaires à notre rythme), nous grimpons enfin les quelques marches qui nous mènent au refuge.
Il était temps, parce que sur la fin ça commence à tirer au niveau des gambettes !

En levant la tête, nous pouvons apercevoir des gens qui descendent de la montagne. La pente à l’air très rude et déjà le doute s’installe quand à ma capacité (à moi Sophie) à descendre/monter là-haut… M’enfin, maintenant qu’on y est, on ne fera pas marche arrière !

Le refuge du CAF (sans avoir de point de comparaison puisque c’est pour Tim et moi le premier dans lequel nous dormons) a ce qu’il faut pour y passer une nuit, sans s’attendre au grand luxe : lits en dortoir de 16 personnes, repas chauds, douche chaude, toilette et ravitaillement en eau et en biscuits.

Deuxième jour :

Nous quittons le refuge après un bref petit-déjeuner, une courte nuit de sommeil pour certains (tandis que d’autres auront ronflé toute la nuit) mais les jambes et les pieds (un peu) reposés.

Il est 7h45, nous partons avec 1h de retard sur notre planning. Nous espérions suivre un groupe pour nous guider, mais du fait de notre départ relativement tardif, il n’y a personne à suivre. Nous entamons donc la montée seuls… par le mauvais chemin… Après 45 minutes à douter, nous bifurquons pour rejoindre la bonne voie. Hum… voilà que ça commence bien …

Très clairement, la montée se fait bien plus pentue que la veille. Nous avançons lentement car le terrain est très glissant (pierres qui roulent, petits cailloux glissants), il faudra même traverser une zone où il est nécessaire « d’escalader les rochers ». On sent bien que l’on prend de l’altitude car on a le souffle court beaucoup plus rapidement que la veille. Déjà nous croisons les premiers randonneurs qui redescendent, le sourire aux lèvres (mais ils ne sont pas fatigués ?! Parce que ça fait 1h30 qu’on marche et on n’en peut déjà plus …).
Plus on monte plus c’est difficile : comme la veille, on n’en voit pas le bout. Ca monte dur, et la peur de glisser prend le dessus, alors notre allure est très lente. Derrière nous les paysages sont superbes, mais il faut regarder où l’on met les pieds, on profitera du paysage plus tard…
Après une montée de 5h (contre les 3h annoncées), nous apercevons enfin la structure métallique indiquant que nous arrivons au sommet !

Effectivement, la vue est splendide.
Là-haut le vent souffle, le soleil nous réchauffe, et un troupeau de chèvres a élu domicile (sérieusement les filles, vous n’avez pas trouvé plus simple pour être tranquilles que de monter 4167 mètres?!).

Nous prenons le temps de reprendre notre souffle, d’admirer la vue (c’est tout de même ce pour quoi nous sommes venus), de prendre quelques photos et de se préparer psychologiquement à la descente…

Il est 13h30. Il ne faut pas trop s’attarder car quelques heures de descente nous attendent pour rejoindre le refuge, puis il faudra ensuite se rendre à la voiture. Le tout, avant la tombée de la nuit…

La descente… Comment vous dire ? Elle est encore pire que la montée. Parce qu’en descente on glisse encore plus (j’ai dû tomber une bonne dizaine de fois). Chaque chute affectant encore plus ma confiance et ma motivation. C’est donc fatiguée, les jambes flageolantes et la peur au ventre que je descendrai ce Toubkal. De son côté, Tim s’agace un peu plus à chacune de ses chutes. Il s’énerve, je pleure. Le duo de choc.
Pourtant nous n’avons pas le choix, il faut continuer, et plus vite que ça ! C’est un fait, cette foutue montagne ne se descendra pas toute seule. Alors on descend. Très lentement, mais on descend…

La GoPro programmée pour prendre des photos toutes les 5 secondes accrochée sur le torse nous permettra de garder quelques souvenir de cette merveilleuse descente 😉

Quelques personnes que nous avions croisées en sens inverse lors de notre descente finiront même par nous rattraper pendant leur propre descente, c’est vous dire.
Après 4h de marche, nous voilà arrivés au refuge. On s’accorde une pause rapide de 20 minutes, car la suite nous attend : il faut rejoindre la voiture. Car je l’avais décrété : « nous ne passerons pas une nuit de plus sur cette foutue montagne, même si je dois terminer ma route en rampant : ce soir nous dormirons à Marrakech ! »

On décolle du refuge vers 17h45. Il nous reste à peine 3h avant la tombée de la nuit. Dépêchons-nous !

Si pendant la première heure nous avons été efficaces, à mesure que nous avançons la fatigue physique se fait sentir. Nos jambes nous portent de plus en plus difficilement et des ampoules font leur apparition sur nos pieds.
Le soleil commence à se cacher derrière les montagnes, la lumière du jour disparait peu à peu avant de laisser place à celle de la lune. Par chance, le ciel est dégagé ce soir là, la lune éclairera le chemin rocailleux à suivre.

Il fait nuit. Nous sommes seuls. Epuisés. Il nous reste encore au moins 1h30 de marche… Autant vous dire qu’à ce moment là, nous sommes physiquement et psychologiquement à bout : de fatigue je pleure, nos articulations ne sont que douleurs, nos orteils souffrent, les ampoules frottent dans nos chaussures. A chaque pause, je me relève telle une personne âgée (âgée d’une centaine d’année au moins, telle quelqu’un qui a été oubliée sur son fauteuil, assis pendant bien trop longtemps).

Cette coquine de lune joue à cache-cache derrière les montagnes, nous laissant dans la pénombre totale. On remercie la technologie et on continue d’avancer au flash de notre téléphone. On n’a aucune visibilité sur la distance qu’il nous reste à parcourir. A chaque virage, la montagne continue. Elle n’en finit pas…

Quand ENFIN on rejoint la vallée, c’est un soulagement ! Dans 15 minutes nous retrouverons notre petite voiture qui nous aura attendu bien sagement.
Après 15h de marche nous y sommes. Il est 23h, il faut maintenant prendre la route pour Marrakech : 1h30 de route avant de pouvoir s’effondrer dans un lit. Tim (ce guerrier) trouvera la force de nous y conduire.

Alors oui je sais, je vous raconte ça comme si on avait fait la guerre, vous vous dites sans doute que j’exagère… Mais sincèrement, ce voyage nous a paru être une éternité, comme un cauchemar duquel on n’arrive pas à se réveiller.

Imaginez-vous perdu au milieu de la montagne après déjà 12h de marche, en pleine nuit, seul, physiquement à bout : à quoi penseriez vous ?
« C’est pas possible, qu’est-ce qu’on fout là?! Dans quoi on s’est lancé… » , « Ca fera des choses à raconter en rentrant » , « Mais c’est quoi tous ces gens surhumains qui gambadent sur le Toubkal comme si c’était une promenade de santé ? On ne tient physiquement plus la route… » , « Aller courage, dans quelques temps on finira peut être par en rire ! » , « Tsss, c’est tellement horrible cette aventure que je ne trouverai jamais le courage de l’écrire » , « Je rêve du massage que je m’offrirai demain au riad… », « Au moins, il n’y a plus de lions dans l’Atlas, ça c’est une bonne nouvelle ! » … 

Notre chance dans cette mésaventure fut de l’avoir vécue à deux.
On peut maintenant le dire :  unis dans le meilleur comme le pire 😀

img_1643En conclusion :

Le Toubkal, on ne le refera pas !

PS : je vous écris de mon lit au lendemain des faits ; mes jambes ne répondent plus de rien, ni mes pieds, ni mes articulations ; avec des bleus et égratignures partout ; quelques menues zones de peaux oubliées par la crème solaires, brulées ; des images de pentes et cailloux glissants hantant mon esprit dès que je ferme les yeux.

PPS : j’ai un peu exagéré sur le PS… 😉

PPPS : le massage à Marrakech le lendemain fut sans doute le meilleur jusqu’à présent.

PPPPS : avec le recul, on en rigolerait presque…

4 Comments

  1. <b class="fn">yz</b>

    lol je vais monter le toubkal avec ma femme ce septembre et je me suis bcp inspiré de la votre , en tout cas c’est marrant comment vous le raconter et merci pour les infos

    1. <b class="fn">Sophie</b>

      Bonjour Youness,

      Ravie que notre article vous ait fait sourire 😉
      Nous vous souhaitons bien du courage pour l’ascension du Toubkal !
      Et ne vous en faites pas, ce n’est pas si horrible que ça si vous êtes ne serait-ce qu’un peu préparé.
      Un seul conseil : partez le plus tôt possible le matin depuis le refuge pour la dernière étape de l’ascension. Ainsi vous aurez le temps de faire une petite pause au refuge au retour et ne risquerez pas de vous faire prendre par la nuit comme des amateurs :p

      Sophie

  2. <b class="fn">RIGO Hervé</b>

    Parmi les dix milles description du trek en question, la votre est de loin la meilleure. Précise, drôle et réaliste. L’air de « rien » votre compte rendu est Important. Merci. Vous pouvez attaquer maintenant le Kilimandjaro ! Puis l’Himalaya, en chantant !

    1. <b class="fn">Sophie</b>

      Bonjour Hervé,

      Merci pour votre commentaire qui nous va droit au coeur ! ????
      Avez-vous vous aussi tenté l’expérience ou vous apprêtez-vous à vous lancer ?
      Je dois dire que deux ans plus tard, en relisant cet article nous finissons par en rire !
      Pour le Kilimandjaro ou l’Himalaya, on laissera ça aux experts je crois ????

      Sophie

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